ABBAS, Artisan Bijoutier touareg et globetrotter malgré lui…

Au cours de mes deux semaines de recherches d'artisans béninois en dehors du centre de promotion de l'artisanat, j'ai sollicité famille et amis qui vivaient sur place pour avoir des contacts d'artisans travaillant à domicile, dans un petit atelier hors des zones touristiques pour plus d'authenticité. C'est ainsi que j'ai rencontré le talentueux Abbas présenté par ma belle-sœur.

Mai 2015, Abbas contrôle les losanges en bois d'ébène découpés par un autre artisan pour ma commande.

Homme d'une trentaine d'années, grand, svelte, toujours souriant et de tempérament calme. Je vous présente Abbas, un de mes coups de cœur avec qui j'ai pris beaucoup de plaisir à imaginer, tester et modifier de nouveaux produits, avec qui j'ai aussi rigolé sur divers sujets de la vie.


Abbas est un touareg du Niger. Il est né et a grandi là-bas. Lorsqu'il est parti pour la première fois de son pays, c'était pour vivre au Bénin où il est resté environ cinq années. Ensuite, il est parti vivre au Sénégal pendant quatre années avant de revenir au Bénin, puis de partir s'installer au Burkina Faso courant 2016, toujours pour la même raison : trouver plus d'opportunités qui lui permettront de vivre de son métier-passion. 


“J'ai fabriqué mon premier bijou à 4 ans, avec l'aide de mon père, maître bijoutier nigérien. C'était une bague.”

Au fond de la rue principale du quartier de la Haie-Vive au Bénin, se trouve l'atelier d'Abbas. Une petite pièce d'environ trois mètres carrés dans laquelle une grande natte en plastique posée au sol sert d'assise au bijoutier nigérien. Derrière lui, des croix d'Agadez et des photos de paysages du Sahel qui lui rappellent ses origines Touareg.

Abbas a beaucoup bougé en Afrique pour gagner sa vie. Lorsque j'ai fait sa connaissance, il essayait de vendre ses bijoux Touareg en Italie où il avait un contact de confiance. Il créait de nouveaux modèles qu'il lui envoyait de temps en temps mais les ventes restaient faibles et incertaines.

Autour de son atelier, d'autres artisans nigériens vendaient pierres fines, tapis et accessoires en cuir aux habitants du quartier huppé de la Haie-Vive. Pendant les heures passées à l'atelier sur plusieurs jours, j'ai vu défiler des voitures d'expatriés et de touristes qui venaient retirer des commandes ou simplement découvrir les ateliers. Cependant, cela ne semblait pas être suffisant car Abbas m'a confié qu'il comptait changer une fois de plus de pays de résidence dans l'espoir de pouvoir mieux s'en sortir financièrement ailleurs. Il était déjà parti du Niger pour la même raison car il y'avait dans ce pays trop de concurrence dans son secteur. Quelques mois après notre première rencontre et malgré la rénovation de son atelier, il a décidé de le vendre et de partir tenter l'aventure à Ouagadougou au Burkina Faso. Fin 2016, il y était encore. Il me disait qu'il aimait le Burkina Faso mais que "bizarrement", il préférait le Bénin. Au dernières nouvelles, il s'était résigné à rentrer chez lui à Niamey, capitale du Niger.


Au Bénin, mon activité n'est pas rentable alors que la vie y coûte de plus en plus cher.

Boucles d'oreilles, bracelet et torque argent 925 et bois d'ébène . J'ai dessiné cette parure en avril 2015 et l'ai fabriquer par le talentueux Abbas en septembre 2015. Le collier peut se porter de deux manières différentes et les losanges sont mobiles.


*** BEHIND THE STORY ***

Histoire 1, Le mouton égaré…

L'histoire du mouton qui s'est échappé de sa maison la veille de la fête musulmane de la Tabaski (aussi appelée l'Aid Al Kebir). Cette disparition a empêché Abbas d'honorer notre rendez-vous pour la livraison de ma commande car il devait aller à la recherche du précieux mouton. Je l'attendais déjà devant son atelier que j'étais surprise de voir fermé sans avoir été prévenue. Ça nous a bien fait rire après-coup !


Histoire 2, Le malentendu Facebook…

J'étais en contact avec Abbas via Facebook. Il m'écrivait de temps en temps pour me demander des nouvelles sur moi et sur les ventes d'artisanat. Son dernier message date du 8 juin 2018 :

"Je suis actuellement à Niamey au Niger. Tu seras la bienvenue. Y'a pas mal de choses à découvrir concernant l'artisanat. Je suis sûr que tu vas avoir de meilleures idées pour mieux améliorer ton domaine artistique."

Je n'ai malheureusement plus de nouvelles depuis ce jour. Le 10 juin, j'ai reçu un message d'une femme depuis le compte Facebook d'Abbas m'interdisant de continuer à discuter avec lui car il est maintenant marié et papa. Elle m'a aussi demandé de ne surtout pas venir leur rendre visite au Sénégal. J'ai constaté bien après, en lisant ce message, que j'avais été bloquée de ses contacts. Quel dommage ! Un gros malentendu d'une femme soucieuse de préserver sa relation. Peut-être signe de la fin de son mode de vie nomade ? J'aurais tant voulu le féliciter pour ces belles nouvelles dans sa vie, pour la stabilité recherchée qu'il semble avoir trouvé par l'engagement avec cette femme ! J'essaierai de recontacter Abbas par téléphone pour prendre de ses nouvelles, rassurer son épouse si elle veut bien me parler et lui faire lire ces quelques lignes. J'espère qu'il ne m'en voudra pas trop pour les petites histoires dévoilées ici. :-)


Septembre 2015, Abbas en action pour réaliser les étapes de chauffe et de torsion du métal.

Je retiens de cette histoire que malgré un talent incontestable et une audace admirable, bon nombre d'artisans n'arrivent toujours pas à vivre de leur métier. Ils sont parfois confrontés à l'isolement et à la séparation dans l'espoir de lendemains meilleurs. Ils restent cependant positifs quelques soient les circonstances. Leur métier est amour et passion et quand on aime, on ne peut qu'engager le meilleur de soi. On vit pour cultiver cet amour. Aucune autre option n'est envisageable car c'est cet amour qui fait que nous nous sentons vivants, même s'il s'avère parfois douloureux.


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Avec tout mon cœur,

Vanessa Lokossou


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