BERTRAND, Artisan Tisserand béninois originaire de la ville d'Abomey…

Le coton tissé à la main, étoffe plutôt rigide aux motifs graphiques ou symboles traditionnels, est l'un de ces précieux héritages artisanaux transmis exclusivement aux hommes dans certaines cultures. Au Bénin, la ville-référence de cette technique est Abomey, capitale historique de l'ancien Dahomey de 1625 à 1894. J'y ai rencontré Bertrand Houéssou, tisserand expert exerçant principalement au Musée Historique de la ville des rois.

Septembre 2015, un frère de Bertrand tisse sur le métier à tisser en bois fabriqué par des membres de sa famille.

De tous mes achats d'artisanat béninois, ma matière coup de cœur est le coton tissé main pour la beauté du geste du tisserand et parce que c'est l'une des principales ressources naturelles du Bénin.


Ce que vous voyez a l'air simple comme ça mais la préparation demande énormément de temps. C'est un travail de patience et de précision.

Située à 145 kilomètres de la capitale économique du Bénin, Abomey est une commune du Sud, célèbre pour son histoire royale et sa pratique du culte animiste vaudou. Des touristes du monde entier s'y rendent chaque année, le 10 janvier, pour assister à la fête nationale du vaudou durant laquelle de nombreuses manifestations locales permettent de mieux découvrir cette culture : danses, offrandes, animations, etc. Les dix palais royaux de la ville, dans lesquels se sont succédés douze rois de 1625 à 1900, sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1985.

Après une première rencontre non concluante avec un artisan du Centre de Promotion de l'Artisanat de Cotonou, capitale économique et plus grande ville du pays, je me rends à la source. J'ai la chance de rencontrer Bertrand Adonon après ma visite du Musée Historique d'Abomey. Dans la cour, près de la sortie, il y'a de vrais ateliers d'artisans en plein travail répartis par spécialité avec un espace d'exposition-vente prévu pour chacun d'eux : bijouterie en bronze, tenture, vannerie et tissage. Je suis vite attirée par le son répétitif du métier à tisser et la beauté du mouvement de l'artisan.


Ci-dessous, Bertrand, à droite de la photo, explique la complexité de la préparation des fils de coton à François le chauffeur. Nous sommes devant la maison de Bertrand. En arrière-plan, un menuisier se fait assister de son jeune fils.


Je discute longuement avec lui et lui montre mes dossiers techniques pour lui expliquer mon projet de valorisation de l'artisanat béninois à travers la création de collections intemporelles utiles, en matières naturelles, dans l'air du temps sans pour autant dénaturer le savoir-faire ancestral. Je finis par passer une commande de linge de lit (housses de couette, taies de traversin et taies d'oreillers) et de torchons aux couleurs naturelles du coton local, avec un jeu de rayures noires et kaki par endroits. Le coton est naturellement écru avec des points marrons irréguliers qui restent après transformation de la fleur de coton en fil. C'est le détail qui fait toute la différence : un gage d'authenticité ! Bertrand et ses frères ont fourni un travail remarquable pour ma commande. Les prototypes livrés quelques semaines plus tard étaient très bien réalisés et le tissage assez lâche comme je le souhaitais pour un rendu plus doux que l'offre habituelle au Bénin. Même mes parents étaient agréablement surpris car ils redécouvraient le coton tissé, sans teinture ni motifs à outrance. J'étais fière de cette adaptation même si les bandes de coton de 50cm de largeur (maximum possible) se distinguaient sur les grandes pièces. Aujourd'hui, mon seul regret est de ne pas avoir pu passer de nouvelles commandes à Bertrand après le premier test satisfaisant. Je n'ai pas réussi à vendre les ensembles de lit (1 housse de couette + 1 housse de traversin + 2 taies d'oreillers) achetés chacun à 60€ sans compter les frais annexes. Il faut que j'y pense comme cadeau à offrir à des proches pour des occasions spéciales comme une pendaison de crémaillère ou l'arrivée d'un enfant.



Je vous raconte ici ce que ma mémoire a bien voulu me laisser comme souvenirs. J'ai voulu prendre des nouvelles de Bertrand avant de rédiger cet article pour l'enrichir mais je n'arrive malheureusement pas à le joindre. Je continuerai à essayer car je suis certaine qu'il est plein de ressources et qu'il sera partant pour les partager ici.


Je me souviens tout de même que Bertrand vient d'une grande famille de tisserands. Il me semble même que certains de ses ascendants ont été tisserands personnels de rois d'Abomey. Le coton tissé était à l'époque une étoffe noble destinée en priorité aux dignitaires et chefs religieux du pays. Il s'est par la suite démocratisé pour apporter de nouvelles sources de revenus au Royaume. Aujourd'hui, on peut trouver du linge de maison et des vêtements prêts à l'emploi en coton tissé main mais leur prix d'achat reste plus élevé que les autres tissus locaux. C'est rassurant car cela signifie que les artisans sont conscients de la valeur de leur travail et n'acceptent pas de le brader.



*** 25/05/2019, PETITE MISE À JOUR ***

J'ai enfin réussi à joindre Bertrand le 10 mai, par téléphone d'abord puis via WhatsApp. Malheureusement, l'expression "Pas de nouvelles, bonne nouvelle" n'est pas valable dans ce cas. Le 31 août 2017, un incendie nocturne a détruit tous les stands du Musée Historique d'Abomey. Même s'ils ont depuis été reconstruits, il y'a eu des pertes conséquentes sur les créations textiles de Bertrand car au Bénin, ce n'est pas commun pour les artisans de souscrire à une assurance. Les souscriptions de ce type étant rares et coûteuses, ils préfèrent prendre le risque d'exercer leur activité sans protection en espérant ne jamais avoir à subir de sinistre. En plus de cette triste nouvelle, Bertrand m'a dit que les ventes étaient de plus en plus faibles. Sa clientèle est principalement constituée de voyageurs entre 20 et 70 ans venant des quatre coins du monde pour visiter la capitale historique de l'ancien Dahomey. Il déplore le fait que les Béninois ne consomment que très peu d'artisanat local.

Bertrand a 39 ans et vient effectivement d'une famille de tisserands. Il a commencé à tisser si jeune qu'il n'arrive même plus à se souvenir de l'âge auquel il a réalisé son premier textile. Lorsqu'il était encore à l'école, il passait ses vacances à l'atelier du musée pour assister son père. Tous ses frères et sœurs travaillent dans l'artisanat. Au Bénin, il n'existe pas d'école de formation à cette technique. Le métier se transmet principalement en famille, de père en fils à travers un apprentissage qui peut durer de six mois à trois ans selon la disponibilité des deux. Toutefois, des personnes étrangères à la communauté peuvent demander à se former moyennant un règlement variable payé au tisserand en début de formation. 


Bertrand m'a appris qu'il existe aussi des tisserandes à Abomey et dans d'autres villes du Bénin. Elles sont toutefois peu nombreuses à exercer ce métier à temps plein car le fait de devoir arrêter leur activité à chaque grossesse est contraignant.



Ta philosophie de vie ?

Aimer mes ennemis.


Le meilleur souvenir de ta vie ?

Quand je me suis converti à Christ.


Besoin d'aide dans ton métier ? Si oui, comment puis-je t'aider ?

Oui, j'en ai besoin et tu peux m'aider en faisant la promotion de mes produits.


Bertrand en plein tissage.


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Avec tout mon cœur,

Vanessa Lokossou


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