Comment mieux vivre et manager grâce aux neurosciences [Expert Stories - Renata Coura]

Qu'est-ce que les neurosciences ? Comment fonctionne le cerveau humain ? Comment prendre conscience de ce qui s'y passe et en prendre soin ? Comment gérer ses émotions, relations avec les autres et améliorer sa communication grâce aux neurosciences ? Comment favoriser l'écoute et l'intelligence collective ? Comment développer son capital humain ? Ce sont quelques sujets évoqués avec Renata Coura, Docteure en Neurosciences, Entrepreneure, Coach de dirigeants, Consultante et Accompagnatrice rencontrée il y'a quelques mois dans le cadre de ma formation en growth marketing. Grâce à son parcours inspirant au service des entreprises et des particuliers, elle nous donne, avec beaucoup de générosité, des clés pour profiter des bienfaits des neurosciences dans notre environnement de travail et dans notre vie privée. Belle découverte !

L'objectif de cette interview est d'apporter ma contribution aux salariés et particuliers qui vivent la période agitée que nous traversons dans l'incompréhension, la peur, la perte de repères, la quête de sens ou le stress. Grâce à une meilleure connaissance de soi, une prise de conscience sur l'origine de nos comportements et des ressources apportées par notre invitée spéciale Renata Coura, chacun de nous pourra démarrer une introspection guidée par les neurosciences afin de développer son capital humain et de s'épanouir durablement.


* NEUROSCIENCES, ENTREPRENEURIAT & MANAGEMENT *


Quelques mots sur ton parcours ? Comment devient-on Docteure en neurosciences ?

Depuis l’âge de 5 ans, j’ai un désir de comprendre le comportement humain et le cerveau. Le sens de ma vie a toujours été de me développer en tant que personne, pour être utile et avoir un impact positif dans le monde qui m’entoure.


Je me suis toujours intéressée à notre capacité de nous améliorer en tant qu’individu, de changer et d’apprendre. J’ai toujours été passionnée par les relations humaines, qui constituent le socle de notre existence et de notre épanouissement. Je savais intuitivement que l’on pouvait et devait participer activement à la construction de soi-même, de sa façon d’être, d’agir, de réagir et même de sentir ou de gérer ce que l’on ressent.

J’ai ainsi commencé très tôt ma vie scientifique. J’avais 16 ans quand j’ai commencé à travailler en tant que stagiaire dans un laboratoire de recherche. Puis j’ai poursuivi de manière continue ma carrière scientifique dans différents domaines, tels que les maladies tropicales, la génétique, le cancer et finalement, mon objectif d’enfance, les neurosciences.


J’ai fait des études de biomédecine (Bac+4), puis un Master en Génétique et Biologie Moléculaire (Bac+6) et ensuite un Doctorat en Génétique, Biologie Moléculaire et Neurosciences (Bac+10). Puis, j’ai fait un post-doctorat et une qualification en Neurosciences (Bac+13).


Concrètement, qu’est-ce que les neurosciences ? Est-ce accessible à tous ?

Les neurosciences sont l’ensemble de domaines qui étudie la structure et la fonction du système nerveux central et périphérique. Le système nerveux est le centre de communication et de régulation de tout notre organisme. Il gère les informations sensorielles, coordonne les mouvements musculaires et régule le fonctionnement des organes. Chez les animaux dotés d’un cerveau limbique, il régule également les émotions. Et chez ceux dotés d’un cerveau cognitif, il est aussi le siège de l’intellect.


Le système nerveux central, c’est la partie comprenant le cerveau et la moelle épinière. Le système nerveux central est ainsi nommé parce qu'il intègre les informations qu'il reçoit et les coordonne pour influer sur l'activité de toutes les parties du corps, le cerveau intervenant en tant que chef d’orchestre de tout ce qui se passe chez nous.


Le système nerveux périphérique ou autonome contrôle notre monde intérieur, en association avec le système endocrinien (hormonal). Son activité est indépendante du contrôle volontaire et fonctionne de façon autonome. Son rôle est d’adapter très rapidement les fonctions des organes internes aux besoins de l’organisme, tandis que le système endocrinien règle l’état des fonctions autonomes à long terme. Le système nerveux autonome, constitué du sympathique et du parasympathique, contrôle notamment la contraction et la relaxation des muscles lisses (vaisseaux et viscères), les sécrétions d’hormones, l’activité cardiaque, le métabolisme énergétique, le système immunitaire, la respiration. Le système sympathique est normalement producteur d’énergie et d’activité. Il intervient dans toute réaction de l’organisme permettant d’aboutir rapidement à un niveau d’activité plus élevé, propice au combat ou à la fuite. A l’opposé, le système parasympathique agit plutôt en tant que frein. Il est animateur de fonctions métaboliques, restauratrices d’énergie.


Aujourd’hui les neurosciences sont à la mode et ont franchi les murs des laboratoires scientifiques pour parvenir aux oreilles du grand public et pour être appliquées dans pratiquement tous les domaines : relations humaines, préparation mentale, leadership, management, marketing, stratégie d’entreprise, performance. Mais ce domaine reste cependant basé sur des mécanismes complexes entourés de noms et de termes pas toujours familiers. Beaucoup de personnes sans une vraie formation dans la matière, parlent sur le sujet, écrivent des bouquins et donnent du conseil aux particuliers et aux entreprises. Ainsi, même si aujourd’hui les neurosciences sont accessibles à tous, Il est très important de chercher des informations fiables et des professionnels véritablement compétents dans le domaine.


Tu aurais pu te focaliser sur la recherche et l’enseignement à de futurs spécialistes des neurosciences. Pourquoi as-tu choisi l’entrepreneuriat ? Quelle est ton WHY ?

J’ai travaillé environ 20 ans dans la recherche académique et dans l’enseignement d’abord au Brésil, puis en France.


Après tout ce temps-là j’ai éprouvé le besoin de contribuer de manière plus directe et effective, de sortir de derrière ma paillasse pour pouvoir partager mes connaissances, mon expérience et mes outils dans le but de contribuer au bien-être individuel et collectif.

Pour moi, comprendre comment notre cerveau fonctionne nous permet de mieux se connaître, mieux se gérer et par conséquent d’élargir son niveau de conscience et de liberté, mais aussi de mieux gérer nos relations interpersonnelles et développer nos compétences humaines (intelligence émotionnelle, communication, leadership. etc.).


Mon WHY est de contribuer à la transformation individuelle et collective vers une mentalité de « croissance » : des personnes plus libres, conscientes, responsables et épanouies - maîtresses d’elles-mêmes ; des environnements professionnels et sociétaux plus conscients et collaboratifs, engagés et avec du sens, avec des relations humaines harmonieuses, empathiques, de confiance et d’engagement, propices à l’intelligence collective.

Quelles sont tes différentes activités et à qui s’adressent-elles ?

  • J’accompagne (conseil, coach, mentoring, formation) des Dirigeants et top Managers de grandes entreprises.

  • J’accompagne (conseil, coach, mentoring, formation) de Chefs d’entreprises (TPE, PME).

  • Je donne de formations inter-entreprises et intra-entreprises, ainsi que dans des Écoles comme l’ESSEC (Master Exécutif) ou des Écoles du groupe IGS (Bachelor et Master).

  • J’anime de conférences ouvertes à tous.

  • Je forme et j’accompagne de particuliers dans le développement de compétences humaines.

  • J’écris des bouquins. Le premier est sorti en Septembre 2020 et s’appelle : Un autre regard sur la performance.

  • Je fais toujours de la recherche, mais au sein de mon entreprise, en collaboration avec des laboratoires publiques et privés.

  • Je fais de la formation professionnelle.


Tout cela à la lumière des neurosciences, appliquées au développement du potentiel humain.


Qu’est-ce qui te fait le plus vibrer dans ton métier ?

L’impact positif immédiat et à long terme, la transmission des connaissances, l’échange, le partage, la connexion. Le sentiment de contribuer.


Pouvoir travailler en cohérence avec mes valeurs et le sens profond que je donne à ma vie.

Comment fais-tu pour les combiner toutes sans impacter ton bien-être ? Arrives-tu à trouver un bon équilibre entre ta vie privée et ta vie professionnelle ?

Il y a un travail constant de gestion du stress et de la charge mentale. Beaucoup d’organisation et planification. Je suis obligée d’être cohérente et d’appliquer tout ce que j’apprends aux autres, notamment en ce qui concerne la performance cognitive, la gestion du temps et des priorités. Cela est justement la thématique de mon bouquin.


Personnellement, j’utilise la méthodologie que j’enseigne et qui s’appelle DeROSE Method. Elle me procure les outils me permettant d’être bien au niveau physique, émotionnel et mental (alimentation, hygiène de vie, préparation physique, respiration, relaxation, imagerie mentale, méditation, etc.). Puis, j’applique les connaissances de comment notre cerveau cognitif fonctionne pour organiser mes journées de manière optimale et favoriser l’efficacité sans épuisement. Je me repose, me récompense et me ressource régulièrement. Finalement, le fait de faire quelque chose qui fait du sens et que j’ai choisi de faire, donne l’énergie et la motivation nécessaires pour tenir les coups et surmonter les moments difficiles.



* STRESS & QUÊTE DE SENS *


Beaucoup de statistiques récentes et d’articles évoquent les phénomènes de charge mentale et de quête de sens. Qu’en penses-tu ?

C’est une réalité en effet… La méconnaissance de comment notre cerveau fonctionne, avec ses atouts et ses limitations, fait que nous ne l’utilisons pas souvent à bon escient. Nous sommes de plus en plus sollicités et connectés en permanence, notre culture et mode de travail sont la plupart du temps contreproductifs, en ce qui concerne le fonctionnement et les besoins de notre cerveau.


La mentalité cultivée au niveau des environnements de travail et de la culture managériale est une mentalité figée, qui entretient la peur, la frustration, la compétitivité et la méfiance. Tout cela génère une énorme surcharge mentale et des risques psychosociaux importants et très nocifs.

En parallèle, ayant aujourd’hui nos besoins fondamentaux comme des « droit acquis », nous nous rendons compte du manque de nos besoins psychologiques (émotionnels et mentaux) et du sens. Donner du sens est un besoin biologique de notre cerveau avant d’être une question philosophique. Je parle plus en détails sur le sujet sur cette tribune publiée par Maddyness.


Pourquoi en parle-t-on beaucoup plus maintenant qu’avant ?

Pour répondre à cette question, je remets ici un extrait de la tribune publiée par Maddyness :


« Toute notre société, la famille et le monde du travail se sont construits et fondés sur la base de la pyramide des besoins de Maslow. Le but était seulement de combler nos besoins fondamentaux (physiologiques, matériels et de sécurité) et cela nous suffisait pour être heureux.


Jusqu’à il n’y a pas longtemps, pour la plupart de gens, être heureux voulait simplement dire avoir de la sécurité de l’emploi afin de pouvoir se procurer un toit, manger, former une famille, etc. L’éducation des enfants était aussi basée sur la satisfaction des besoins fondamentaux plutôt que des besoins émotionnels et psychologiques. A leur tour, les entreprises se sont également construites ainsi, en mettant l’accent sur le système, en détriment de l’humain. Lorsque l’on pensait au bien-être des collaborateurs, on pensait simplement à donner les moyens nécessaires pour combler leurs besoins fondamentaux : un bon salaire, des tickets restaurants, des aides logement, du télétravail, etc.


Aujourd’hui, que ce soit au sein de la famille, des entreprises ou de la société, cette approche ne marche plus. Les besoins fondamentaux sont perçus comme « acquis ». Les gens sont en quête de sens et de combler leurs besoins émotionnels, psychologiques : des interactions sociales positives, de la reconnaissance, de l’appartenance, de la confiance, de l’autonomie. Les gens ont besoin de se sentir utiles, d’apprendre et de s’accomplir pour être heureux.

De nos jours, les parents se focalisent sur l’affection et la qualité de leur relation avec leurs enfants. La société s’éveille petit à petit pour les questions écologiques, environnementales et sociales.


Enfin, les entreprises se doivent elles aussi de rééquilibrer la balance entre le système (l’opérationnel) et l’humain. Des collaborateurs heureux, se sont de collaborateurs engagés et productifs de manière durable.

Cette prise de conscience était déjà là. Il existe cependant un grand écart entre le savoir et le savoir-faire. La connaissance ne suffit pas, il faut savoir l’intégrer et l’appliquer, ce qui est très difficile sans avoir les options claires, les moyens de le faire et le sens.


Donner du sens est bien plus qu’une question philosophique. C’est avant tout un besoin biologique, puisque notre cerveau est là pour assurer notre survie et pour nous faire économiser de l’énergie, il n’accepte pas de nous laisser mobiliser notre énergie pour faire quelque chose qui ne fait pas de sens, ou qui n’a pas d’utilité claire.


La crise actuelle est en train d’accélérer l’intégration de cette prise de conscience et le passage à l’action. C’est l’opportunité de faire effectivement bouger les lignes. La nécessité de changement, que ce soit au niveau individuel ou collectif, est évidente et inexorable. Dans un environnement incertain et changeant, notre cerveau perd beaucoup de capacité d’anticipation et génère ainsi un sentiment d’insécurité. Il a donc besoin de dépenser énormément d’énergie pour prendre de décisions conscientes, car dans l’incertitude on ne peut pas se permettre de rester en pilote automatique. »

Aurais-tu des conseils à partager pour mieux gérer ces états, ses émotions en général et trouver des solutions personnalisées ?

Oui, j’aurais plein de conseils, mais ce qui est important c’est de comprendre qu’on a besoin d’apprendre à regarder vers l’intérieur et mieux se connaitre.


C’est savoir que notre cerveau nous permet de tout apprendre, de nous adapter et de changer. Il suffit de le décider ainsi, de donner du sens et de s’entraîner autant que nécessaire. Il est aussi important de comprendre que pour être bien et allier bien-être et performance, nous avons besoin de combler nos besoins à tous les niveaux : physique, émotionnel, mental, relationnel (social)…

Puis, savoir ne suffit pas, il faut avoir des outils, il faut appliquer et il faut s’entraîner. Je laisse ici un extrait de mon livre Un autre regard sur la performance avec quelques conseils.


Six habitudes fondamentales pour une bonne santé et performance mentales

D’après ces études scientifiques, qui endossent par ailleurs la connaissance empirique et les concepts comportementaux de la DeROSE Method, je vous propose six astuces fondamentales pour une bonne santé et performance cérébrales.


1. Des connexions sociales positives

Nous sommes des êtres sociaux fortement influencés par notre environnement et nos interactions sociales. Avoir de bonnes relations humaines et côtoyer des personnes positives et joyeuses ont un fort impact sur le bon fonctionnement du cerveau. Une étude de l’Université de Harvard, en utilisant les données recueillies sur 81 hommes durant 75 ans, montre l’impact de la qualité de nos interactions sociales sur notre état de santé physique, émotionnelle et mentale, ainsi que notre bien-être et notre épanouissement[1].


2. Apprendre de nouvelles choses

Nous façonnons notre cerveau à tout instant. Apprendre signifie créer de nouvelles connexions entre les neurones et ainsi modifier la structure et le fonctionnement de notre cerveau. Plus on apprend de nouvelles choses, plus on vit de nouvelles expériences, plus on explore le grand potentiel de connexion entre toutes les cellules de notre cerveau. Sebastian Seung, un professeur en Neurosciences Computationnelles et un expert dans le domaine du connectome affirme que « nous sommes notre connectome ». Nous appelons connectome la carte de toutes nos connexions cérébrales. Cette carte est dynamique. Elle se crée et se modifie en fonction de nos habitudes, de notre comportement et des expériences vécues. Ainsi, chaque individu a un connectome unique et deux personnes n’auront jamais un connectome identique, quand bien même il s’agirait de vrais jumeaux. À travers le changement et l’apprentissage, nous sommes capables de sculpter notre cerveau tel que l’on souhaite[2].


3. Dormir suffisamment

Ni trop ni trop peu. Le sommeil est essentiel pour le bon fonctionnement cérébral et pour assurer la concentration, la mémoire, la coordination, mais également la santé émotionnelle.


4. Faire de l’activité physique

L’activité physique change la chimie du cerveau et a un impact direct sur notre comportement, notre performance et notre santé mentale. Selon la nature de cette activité, cela peut aussi contribuer à une expansion de la connaissance de soi et de la conscience.


5. La gratitude et la capacité à être mentalement focalisé sur ce que l’on veut

Lorsque l’on ressent de la gratitude ou que l’on produit des pensées positives, on change notre fonctionnement cérébral, en augmentant la production des hormones telles que l’ocytocine, et des neurotransmetteurs tels que la dopamine qui sont associés au système de la récompense et à la sensation de plaisir et de contentement. Cela change notre perception des choses et par conséquent notre comportement face aux gens et aux situations. L’orientation reconnaissante est l’un des traits de personnalité les plus liés au bien-être psychologique (Anacker and Beery, 2013 ; Damasio and Cavalho, 2013 ; Kaczmarek et al., 2015 ; Kin et al., 2016 ; Lin, 2016) [3]


6. L’alimentation

Le bon fonctionnement cérébral et la bonne alimentation sont intimement liés. Les 25% d’énergie dont notre cerveau a besoin proviennent de l’alimentation. On peut consommer les nutriments qui vont assurer un fonctionnement cérébral optimal ou les toxines qui vont l’endommager.

[1] Pour plus de renseignements, le Directeur de cette étude est Robert Waldinger. Les données de cette étude ont été publiées dans plusieurs articles scientifiques sortis en 2016 (cf. bibliographie en fin de livre qui en comporte quelques-uns). [2] Cf. les articles scientifiques du groupe du Dr. Seung dans la bibliographie. [3] Cf. les références complètes des articles scientifiques dans la bibliographie en fin de livre.


Raconte-moi une heureuse expérience vécue dans ton parcours d’accompagnement de dirigeants.

Ah heureusement, je vis des expériences heureuses à chaque rencontre.


Pour moi une de plus belles choses, c’est la connexion et la relation de confiance qui se crée, les échanges profonds et enrichissants. Puis toute la transformation individuelle et collective qui cela engendre à chaque fois. Voir que le gens sont plus conscients, plus sûrs d’eux-mêmes, plus heureux et plus épanouis dans leurs relations professionnelles et personnelles. Pour une question de respect de confidentialité, je ne peux pas raconter une histoire en particulier mais dans les grandes lignes, c’est ce que je vis au quotidien et qui fait le bonheur de mon métier.


Des ouvrages à nous recommander sur les émotions, la gestion du stress, la compréhension de soi,… ?

  • Intelligence Émotionnelle (Daniel Goleman)

  • Antifragile (Nassim Nicholas Taleb)

  • Le grand livre du cerveau (ICM, Institu du Cerveau)

  • Le cerveau cognitif (Rémy Lestienne, CNRS)

  • L’homme réseau-nable (Lionel Naccache)

  • The science of meditation (Daniel Goleman & Richard Davidson)

  • Spinoza avait raison (Antonio Damasio)

  • Consciousness (Christof Koch)

  • La beauté dans le cerveau (Jean-Pierre Changeux)

  • Le cerveau et l’art (Jean-Pierre Changeux)

  • Le code de la conscience (Stanislas Dehaene)

  • La plus belle histoire de l’intelligence (Stanislas Dehaene, Yann Le Cun et Jacques Girardon)

  • Un autre regard sur la performance (Renata Coura)


* CRÉATIVITÉ, LIENS & EXPÉRIENCES *


J’ai créé Worldmade Stories pour valoriser l’entrepreneuriat au féminin et plus particulièrement le travail d’artisanes d’art et artistes du monde. C’était d’abord un média bénévole, le Blog Stories, auquel j’ai ajouté depuis février 2020 « Les Heureuses Expériences, un service événementiel écoresponsable à destination des entreprises. C'est un team building d'un nouveau genre qui allie bien-être, découverte des métiers d’art et engagement solidaire. Un merveilleux moyen de proposer aux collaborateurs de nouvelles activités manuelles, créatives et porteuses de sens, une occasion de connecter ces deux mondes qui semblent si éloignés l’un de l’autre alors qu’ils peuvent s’enrichir mutuellement. D’un point de vue scientifique, que penses-tu de cette approche ?

C’est une approche géniale !


L’art en général et les activités manuelles ont un impact très important dans notre cerveau : introspection, attention, concentration, récompense, créativité, gestion du stress et des émotions, entre autres. Par ailleurs, tout ce qui est engagement, échange, connexion sociale, partage et solidarité est également très important pour notre cerveau social, émotionnel et cognitif.

Et d’un point de vue personnel ?

Personnellement, j’adhère complétement !

Ce sont des valeurs que je partage et un sens qui me parle profondément.

En quoi la pratique d’une activité manuelle (artisanale ou artistique) et l’interaction avec des publics aux profils variés contribuent-ils au bien-être et à la performance en entreprise ?

D’une part la diversité nous permet d’élargir notre répertoire cérébral, c’est-à-dire, d’intégrer de nouvelles informations, des connaître de scénarios différents, des univers différents. Notre répertoire est l’ensemble de tout ce que nous avons vu, vécu, expérimenté, senti, etc… tout au long de la vie. C’est ce répertoire qui conditionne, par exemple, notre capacité d’empathie et notre libre-arbitre.


D’autre part, les activités artisanales ou artistiques, ont un impact positif dans notre capacité cognitive (par exemple, attention, concentration, créativité), dans la gestion des émotions et du stress. Faire des activités créatives en groupe, mène aussi à la cohésion du groupe, avec un sentiment de connexion et d’appartenance qui contribue au bien-être et à la performance cognitive. Cela peut aussi contribuer à générer un environnement de confiance et de collaboration.

Nos expériences ont-elles un impact important sur nos actions futures ? Si oui, cela veut-il dire qu’une personne qui vit de nombreuses expériences positives se comportera mieux et se sentira mieux ?

C’est une question complexe à répondre, mais oui, tout à fait. Toutes les expériences et informations enregistrées dans la mémoire vont être utilisées par notre cerveau automatique et par notre cerveau conscient pour guider notre comportement et nos prises de décisions, mais vont également déterminer comment on se sent.


Notre cerveau automatique interprète toute situation comme menace ou récompense. La perception de menace, danger ou punition, est à l’origine des émotions qui seront désagréables au ressenti (peur, tristesse, colère, dégoût et toutes les émotions plus complexes qui sont dans les registres de ces émotions primaires) et qui nous ferons bouger, changer la situation, pour mieux survivre. Lorsque la perception est de récompense, on aura plutôt la libération d’une chimie de plaisir et de bien-être, et qui sera à l’origine des émotions plus agréables au ressenti, des émotions dans le registre de la joie. Si le long d’une journée j’ai plus des situations, tâches et activités perçus comme des menaces, je vais me sentir mal, irrité, triste, stressé ou quelque chose du genre, à la fin de la journée. Si au contraire, j’ai plutôt de situations et des activités « récompense », je vais me sentir bien. Cela se passe à l’échelle d’une journée, mais aussi, des jours, des semaines, des mois, des années.


On parle du bonheur comme un objectif mystérieux et inatteignable. Mais biologiquement, le bonheur est simplement la collection des émotions agréables le long du temps. On va tous toujours faire face à des situations et tâches désagréables ou stressantes. Mais si on arrive à faire en sorte que la balance penche toujours davantage vers les récompenses, on se sent mieux, on a plus d’énergie, on est plus efficace et on se sent heureux.

L’inverse est aussi vrai. Les émotions sont à l’origine de notre comportement. Donc, tout cela aura forcément un impact direct sur notre comportement.


Mais la clé c’est que c’est à nous de nous procurer ces récompenses et gérer cette balance au quotidien : sécurité, liberté, contact avec la nature, musique, organisation/anticipation, avoir des buts, donner du sens, activité physique, sommeil, interactions sociales positives, nouveauté, apprentissage, défis, entre autres…


À chacun de faire sa liste « menace x récompense » au quotidien, en identifiant les choses qui font du plaisir, qui sont agréables, qui motivent et celles qui sont désagréables, stressantes et qui nous font procrastiner. Puis, la deuxième étape c’est de voir, au moins pour les situations que nous ne pouvons pas changer, comment on peut l’interpréter différemment.

Par exemple, pour beaucoup de gens à Paris, prendre le transport le matin est identifié comme un facteur de stress. Qu’est-ce que on pourrait faire pour soulager ou changer la situation ? Écouter de la musique pendant le trajet par exemple ou bien faire son trajet en vélo ou à pied plutôt qu’en transport.


Quel rôle jouent l’environnement et le regard des autres sur un groupe ?

Nous sommes des animaux sociaux et nous sommes toujours influencés par le groupe. En tant qu’animaux sociaux, nous avons besoin de nous sentir appartenir. Quand on se sent conforme au groupe, on se sent appartenir et connecté. On se sent bien et en sécurité. Lorsque nous sommes ou agissons différemment du groupe, nous nous sentons exclus et pas bien. Biologiquement, nous savons que nous avons besoin du groupe pour survivre, donc si on se sent exclu, cela signifie qu’on n’est pas en sécurité.


C’est pour cela que la qualité de relations interpersonnelles et la communication jouent un rôle essentiel dans le bien-être et efficacité individuelle, mais aussi dans la performance collective.

Nous avons besoin d’un environnement de confiance, d’entraide, de communication fluide et non-jugement, pour nous sentir bien et en sécurité, mais aussi pour être créatifs, collaboratifs et efficaces.


Faut-il s’en détacher pour se préserver en toutes circonstances ? Faut-il rejeter le paraître pour mieux être ?

Il faut se connaître et cela est un travail itératif et de toute une vie.


Il faut prendre plaisir dans le chemin. En se connaissant, en ayant des valeurs et un sens clair, on arrive à prendre du recul face aux situations et prendre de décisions en cohérence avec nous-mêmes.

Il est sûr que le « paraître » ne va pas toujours dans le sens de la cohérence et le manque de cohérence est en soit perçu comme une « menace » ou une « punition » par notre cerveau. Si on se concentre à bâtir qui on veut être véritablement, en se connaissant et en s’acceptant pour pouvoir aller où on veut, en tirant plaisir du chemin, en célébrant chaque petite victoire, à ce moment-là, « l’être et le paraître » deviennent une seule chose.


Dans cette période où les interactions sociales sont limitées, que préconises-tu pour surmonter l’isolement et garder le moral aussi bien au bureau que chez soi ?

Il faut trouver le moyen d’interagir autrement déjà : téléphone, internet, rencontre en petit comité et en respectant les règles de sécurité…


Il faut aussi se récompenser davantage par ailleurs : musique et d’autres activités artistiques ou créatives, activité physique, apprentissage de nouvelles choses, jeu, lecture, film, bien manger, bien dormir, si possible s’évader dans la nature, se focaliser sur ce qu’on peut apprendre et gagner de cette situation malgré tout, se donner des objectifs et des petits défis quotidiens…


Voilà quelques astuces pour se sentir mieux face à une situation de stress inévitable.


Tu as tout de suite accepté mon invitation à devenir contributrice de Worldmade Stories. Je t’en remercie ! Est-ce quelque chose que tu fais souvent ? Quel est ton rapport au partage et à la transmission de tes connaissances ?

Pour moi il est essentiel de contribuer.


Avoir de la connaissance ne sert à rien si on la garde pour soi. Je saisis chaque opportunité de partager et contribuer comme une responsabilité, notamment quand cela s’intègre dans un contexte avec de valeurs et du sens qui me parlent.

As-tu un message plus général à transmettre au monde, aux lecteurs du blog, aux artisans, salariés ou entrepreneurs ?

L’entreprenariat est une montagne russe !


On gère l’incertitude et l’insécurité en permanence. On vit de situations de stress au quotidien. Les remises en question sont nombreuses et les prises de décisions pas toujours faciles. Dans ce contexte, on doit avoir conscience que si on va bien, notre business a une chance de bien marcher et aller bien. Par contre, si on va mal, notre business n’a aucune chance de réussir.


Donc, pensez à vous occuper avant tout de votre bien-être individuel : hygiène de vie, repos, alimentation, déconnexion activité physique, développement personnel, intelligence émotionnelle, préparation mentale, interactions sociales positives. Puis, ce qui va être essentiel ce sera la raison d’être, le sens. Il faut qu’il soit très clair pour vous et qu’il vous porte, surtout dans les moments de difficulté.

Dans tout le cas, sachez que nous sommes en train de façonner notre cerveau à tout instant ! Et que vous y êtes pour bien plus que vous ne pensez ! Entreprendre implique avant tout, être capable de leader soi-même et d’entreprendre sa vie.


Comment contacter et suivre Renata ?

Linkedin Compte personnel : https://www.linkedin.com/in/renata-coura-6113a444/

Linkedin Page Entreprise : https://www.linkedin.com/company/empowermentcenter/

Site internet "Empowerment Center" : https://empowermentcenter.derosemethod.org/



Un grand merci à Renata pour sa contribution au projet Worldmade Stories, sa bienveillance et ses conseils aussi bien sur les neurosciences que sur l'entrepreneuriat.